septembre 21, 2021

« Dogmes catholiques » : une longue et étrange Histoire dans laquelle le temps humain se nie dans le non-temps de l’Eternité

Le christianisme a connu une évolution décisive dès lors qu’il est passé de croyances, croyants, sans organisation cléricale, à l’établissement de liens entre des croyants et des professionnels des croyances. Une autre évolution décisive s’est formée dès lors que ces professionnels ont fixé des principes de ces croyances, avec ce que le monde chrétien appelle des « dogmes ». L’origine grecque paraît modeste : dogma désigne une opinion, une décision, sachant qu’une opinion est fondée sur une décision, implicite ou explicite, de sens. Le fait de « juger » de quelque chose se trouve à la racine de, et de ce point de vue, grec, tous les êtres humains, expriment, ont, des dogma. Mais avec le Christianisme, ces « dogmes » deviennent des principes de principes, les plus fondamentaux, qu’il faut connaître, énoncer, répéter. Le polythéisme grec avait donc des dogmes, dans un sens non chrétien, c’est-à-dire des opinions/jugements sur, l’invisible, les forces, les Dieux et les Déesses, l’Histoire du Temps, et le Christianisme en est venu à établir des dogmes, dans ce sens chrétien de ce qui est, fondamental, premier et structurel. Il faut connaître l’Histoire de ces « dogmes » : leur adoption s’est faite sur plusieurs siècles. Ils sont donc liés à l’Histoire de l’Eglise, des Eglises, puisque des organisations autres que le catholicisme ont leurs propres dogmes. Mais ce qui est fascinant dans les dogmes chrétiens, c’est que, intimement liés au temps humain, ils en sont sa négation, puisqu’ils visent de l’être dans du non-temps, « l’éternité ». Non content de fixer des principes qui ne changent pas, qui durent, ceux-ci sont eux-mêmes liés à ce qui ne change pas, ce qui dure. On peut dire que le Christianisme est porté par un désir « fou » de stabilité. Certains veulent y voir un « génie du christianisme ». Il faut plutôt prendre en compte les circonstances de la mutation romaine, du polythéisme vers le monothéisme, alors que les Empereurs romains entendaient contrôler la communauté humaine dans ses sentiments religieux, ses pratiques cultuelles. Les dirigeants de l’Eglise ont hérité de cette volonté d’unifier et d’unité, et leur culture philosophique les a poussés à l’élaboration d’une doctrine argumentée. Il faut pour comprendre cela découvrir ce que fut l’Histoire de l’Académie platonicienne, de sa fondation, par Platon, jusqu’à la fin du néo-platonisme, avec des intellectuels qui ont cherché à fusionner la pensée analytique avec une mystique ésotérique. Ce legs grec a fait l’objet d’une appropriation originale par les chrétiens, jusqu’à leur premier « concile » (le brain storming des chefs chrétiens), qui s’est tenu à Nicée (dans l’actuelle Turquie). Les discussions de ce premier concile sont tout aussi fascinantes. Voici ce qu’en résume la page Wikipédia sur le sujet (il faut se servir de Wikipédia comme un point de départ pour faire des recherches par soi-même et, évidemment, précises, ambitieuses, quitte à ce que celles-ci nous apprennent que le point de départ énoncé sur Wikipédia est faux ou partiellement faux).

« Constantin convoqua le concile de Nicée en vue également de trancher la question épineuse soulevée par le prêtre Arius d’Alexandrie qui affirmait que le Christ a été créé par le Père à partir du néant, puis parla d’une génération du Fils par le Père qu’il assimilait toujours à une création. Condamné à Alexandrie par son évêque Alexandre, Arius trouva cependant en Orient deux défenseurs, Eusèbe de Nicomédie et Eusèbe de Césarée qui ne partageait pas pour autant le subordinationnisme radical d’Arius. Les délibérations furent longues et laborieuses. Les sympathisants d’Arius s’exprimèrent par une formule de foi présentée sans doute par Eusèbe de Nicomédie qui fut rejetée. Puis Eusèbe de Césarée présenta la sienne pour aider les pères conciliaires à trouver une formule de foi consensuelle. Lors des délibérations conciliaires, les rares partisans d’Arius furent battus par la coalition des Origéniens modérés, à la tête desquels se trouvaient l’évêque Alexandre et son diacre Athanase qui lui succédera à sa mort, et des monarchiens asiatiques qui suivaient Marcel d’Ancyre et Eustathe d’Antioche. On imposa une formule de foi dans laquelle les propositions ariennes furent condamnées. Nous sont parvenus, outre la profession de foi dite symbole de Nicée :

  • les anathèmes condamnant l’enseignement d’Arius qui y sont annexés ;
  • vingt canons portant sur la structure de l’Église (canons 4 et 16) sur le clergé (canons 1, 2, 3, 9, 10 et 17), sur la pénitence publique (canons 11-14), la réadmission des schismatiques et des hérétiques (canon 19) et enfin les prescriptions liturgiques (canons 18 et 20) ;
  • une liste nominative de participants.« 

Et ceux qui furent mis en minorité par les autres furent immédiatement exclus, déclarés « excommuniés ». La logique ultra-autoritaire s’est manifestée et confirmée, d’emblée. Les sujets de discussion sont absolument intrigants. Ceux qui les énoncent et les discutent n’ont aucun moyen de pouvoir démontrer ce qu’ils avancent. C’est pourtant ce qu’ils font, avec l’assurance du somnambule.

Cette note est la première d’une longue série.

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