octobre 6, 2021

« Le secret de la confession est plus fort que les lois de la République » ou… ?

A France Info, le président de la Conférence des évêques de France, Éric de Moulins-Beaufort, a répondu par cette phrase « parfaite » : parce qu’elle dit une vérité de ces dirigeants catholiques, une vérité qui semble être en conflit, radicalement, avec la laïcité française. Alors, qu’en est-il ? Si un mis en cause judiciaire a le droit et le devoir de tout faire connaître à son avocat(e) sans que celui-ci ou celle-ci ait le droit de parler de ce que son client lui a dit, le « secret de la confession », catholique, s’exerce en amont de toute mise en cause judiciaire, comme si le « serviteur de Dieu » avait seulement le droit d’entendre ce que le confessé lui a dit, et, une fois entendu, devienne une « tombe ». L’Eglise catholique actuelle a rappelé il y a peu que ses dirigeants considèrent que ce secret de la confession reste absolu. Le propos de M. Moulins-Beaufort est donc conforme à cette réaffirmation doctrinale. Mais l’Eglise complète cette position de principe par le fait que le prêtre qui confesse dispose d’un pouvoir sur le « pêcheur » : par « l’absolution sous conditions ». « Mais alors, un confesseur serait-il tout à fait impuissant face à l’aveu d’un péché grave dans le secret de son confessionnal ? « Ce n’est pas parce que le prêtre est tenu au secret absolu qu’il est obligé de donner l’absolution à chaque fois », précise le Père Leverrier. Ce curé parisien ajoute que dans une telle situation, il refuserait pour sa part de donner l’absolution au pénitent tant que celui-ci n’aurait pas manifesté devant lui une « intention ferme d’aller se dénoncer ». Inciter un pénitent à se dénoncer à la justice quand il a commis un crime est même une obligation pour les confesseurs, comme l’ont rappelé les évêques français face aux scandales d’abus sexuels dans l’Église en 2016. » Mais alors, qu’en est-il de cette pression cléricale sur un fautif ? Combien de prédateurs pédocriminels se sont rendus d’eux-mêmes à la police pour se dénoncer ? Le même article de « La Croix » ajoute que « en Irlande, par exemple, la loi oblige depuis 2012 tous les Irlandais, même les prêtres, à dénoncer les actes de violence envers les mineurs dont ils auraient connaissance. Les personnes négligeant de dénoncer ces abus peuvent encourir jusqu’à cinq ans de prison. » Egalement en Australie, « l’Église anglicane a pour sa part tranché en juillet 2014 : les 250 membres de son Synode général avaient alors voté à l’unanimité un amendement au canon sur la confession, autorisant les prêtres à révéler des informations sur les crimes graves tels la pédophilie ou la pornographie infantile. » MAIS « Ce n’est pas le cas en France. Là, si les arrêts successifs de la Cour de cassation ont mis des limites au caractère absolu du secret professionnel depuis les années 2000, le secret de la confession n’a pas été remis en cause » Autrement dit : l’Etat français respecte religieusement les volontés et les décisions des dirigeants de l’Eglise Catholique, alors que d’autres Etats n’ont pas hésité à limiter cette prétention des organisations chrétiennes à avoir des règles/lois spécifiques et au-dessus des lois nationales. Les révélations actuelles sur les crimes commis par des clercs catholiques sur et contre des enfants et des jeunes ne sont pas venues de l’Eglise catholique elle-même, et elles se sont plutôt effectuées à son corps défendant. Désormais, ses dirigeants sont au pied du mur. L’ampleur de ces crimes dans l’espace et dans le temps constitue un choc national et international (les informations à ce sujet sont relayées dans les autres pays). Ces révélations viennent s’ajouter à ce qui a été découvert par des médias dans d’autres pays, lesquelles ont également mis en cause les pratiques et la logique de secret de l’Eglise Catholique.

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